Beijing Express

par | Avr 26, 2015 | voyages

Beijing Express

Texte: Tatiana Philiptchenko
Photos: Tatiana Philiptchenko/Megapress.ca

Beijing offre au visiteur un savant mélange d’histoire impériale, de nostalgie communiste et de shopping effréné.

Heure de pointe en plein cœur de la capitale chinoise, des milliers de taxis filent sur l’avenue Xichang’an jie. Les passagers assis dans ces bolides striés de jaune profitent d’une vue imprenable: du côté nord s’offre à leurs yeux la Cité interdite tandis que du côté sud s’étend Tian’anmen, la plus grande place publique au monde. Ces deux symboles historiques d’une Chine contradictoire et en mutation continuelle sont les preuves vivantes que l’empire du milieu n’a pas fini d’étonner la planète.

Une ville qui bouge

Des immeubles gouvernementaux massifs, reliquats de l’ère communiste, veillent sur les larges avenues qui quadrillent le centre-ville.

Dans cette métropole, un flot presque continu de gens navigue dans tous les sens. Cette capitale d’environ 17 millions d’habitants connaît une croissance économique très rapide. Les Jeux olympiques de 2008 ont doté Beijing d’une myriade d’installations modernes pour qu’elle puisse rivaliser avec ses consoeurs Paris, New York, Londres et Tokyo. Des gratte-ciel s’étalent sur des dizaines de kilomètres comme autant de preuves bétonnées de cette nouvelle réalité. La capitale chinoise est aujourd’hui dotée de neuf autoroutes et d’un métro dernier cri comptant huit lignes.

Si ce paysage urbain apporte un certain réconfort au visiteur occidental déraciné, le dépaysement linguistique, lui, est total : peu de Chinois parlent l’anglais ou le français. Une carte de la ville et des indications écrites en chinois sont une nécessité absolue pour regagner son hôtel avec un minimum de stress.

L’authentique Beijing

Malgré cette modernité nouvellement acquise, quelques poches de Beijing ont su garder une certaine authenticité. Ce sont les hutongs (rues étroites) qui symbolisent la particularité architecturale de la capitale. Ces vieux quartiers sont des amalgames de maisons datant d’aussi loin que le XVe siècle. Ce décor d’habitations basses aux tons gris est le dernier rempart protégeant la ville d’une modernisation frénétique. Citadins en vélo, linge séchant sur des cordes, gargottes aux effluves poivrés, échoppes vendant des poissons vivants permettent aux visiteurs de se familiariser avec le quotidien de ces quartiers.

De nos jours, Nanluogogu Xinag est considéré comme le Hutong piéton le plus prisé des environs. Dans cette rue se sont installées un tas de petites boutiques branchées où se côtoient adorables peluches, carnets de papier recyclés et figurines représentant Che Guevara et Mao. Étudiants au portefeuille bien garni, expatriés nonchalants et touristes en quête de dépaysement hantent les nombreux restaurants et cafés bohémiens chics du coin.

Un peu plus loin vers l’est se trouve le lac Houhai. Des Ploufs! aigus résonnent le long des berges. Ce sont quelques irréductibles habitants des quartiers avoisinants qui font leur plongeon quotidien. Beau temps, mauvais temps, ils se retrouvent au même endroit depuis des années.

Vers le sud du lac se trouve le très vénérable parc Behai, une oasis de fraîcheur et de verdure qui s’étale sur 700,000 mètres carrés. Les gens viennent s’y reposer, lire et pratiquer un sport. Non loin résonnent des chants d’opéra. Plusieurs groupes d’artistes profitent de ce lieu pour y organiser gratuitement des répétitions. Au centre de ce grand espace public se trouve l’Île de jade sur laquelle trône un stupa tibétain (structure architecturale bouddhiste) de 40 mètres surnommé le Dagoba blanc. son installation remonte à l’année 1651 et avait eu lieu pour célébrer une visite du Dalaï-Lama tibétain. Ce dernier est aussi révéré à quelques blocs de là au sein de l’enceinte du temple de Yonghe, la plus grande lamaserie bouddhiste de Pékin. Les fidèles viennent brûler des bâtons d’encens dans ce décor de palais laqués richement ouvragés. Des moines lamas continuent à vivre dans ces temples en bois couleur pourpre reliées entre eux par cinq cours invitant à la détente contemplative.

Au menu : shopping et monuments époustouflants

L’une des filières fashion de Beijing se trouve du côté du centre d’achats Xidan. Des milliers de jeunes consommatrices s’y bousculent pour acheter les derniers parfums en vogue et des crèmes de beauté aux prix vertigineux. Les comptoirs d’ Yves Saint-Laurent, Clarins et Dior se disputent les faveurs de ces clientes friandes de luxe. De nombreux établissements de restauration rapide ont élu domicile au sein de ces Mecques du shopping : McDonald’s côtoie des franchises locales qui offrent des mets asiatiques intéressants. Des familles entières sont installées devant des chaudrons bouillants de hot pot, une fondue chinoise regorgeant d’épices exotiques.

Un voyage à Beijing ne saurait être complet sans une visite de la Cité interdite. Deux majestueux lions de pierre font la garde devant la porte de la Paix céleste où s’engouffrent des files de touristes. Cent mille artisans ont été employés durant le règne de l’empereur Yongle pour construire ce dédale de palais élaborés selon les règles de l’idéologie confucéenne. Le hall de l’harmonie suprême, une magnifique bâtisse aux tons rouge et or, a été au centre de la vie impériale pendant le règne de vingt-quatre empereurs chinois. Ce patrimoine historique riche en colonnades, en fioritures dorées et en statues de bronze et de marbre est un témoignage inestimable d’une civilisation millénaire. Partout les rebords des toits sont garnis de figurines mythiques supposées éloigner les mauvais esprits.
Dans ce décor grandiose, on s’imagine presque entrevoir à chaque instant les silhouettes des eunuques et des concubines royales.

Le faste et la contrefaçon

Le temple du Ciel est un autre lieu haut en couleurs et sensations. Des retraités sont installés en grand nombre dans la succession de galeries menant au pavillon principal. Certains jouent aux cartes, d’autres lisent le journal ou pratiquent un instrument de musique.

L’imposant hall des Prières pour la récolte ressemble à un immense champignon coiffé de trois chapeaux coniques décorés de tuiles bleues. Du temps de l’ancienne Chine, l’empereur y présidait des cérémonies de sacrifice et d’offrande dédiées au monde céleste.

À quelques centaines de mètres de là, du côté opposé de la rue, se trouve le Pearl Market, un bâtiment de cinq étages regroupant des kiosques vendant en majorité des imitations de grandes marques. Le marché de la contrefaçon en Chine représente près de 8% du produit intérieur brut, un levier économique qu’il est pratiquement impossible d’éradiquer. Les commerçants y proposent des montres, chaussures et sacs à une fraction du prix de l’original.

Les grandeurs d’une Chine millénaire

Le palais d’été, retraite privilégiée des empereurs de Chine se trouve à 2,9 km au nord-ouest de Beijing. C’est au sein de cette magnifique propriété que l’esthétique incomparable des jardins paysagers chinois prend tout son élan. Bâti sous le règne de l’empereur Qianlong en 1750, l’ensemble architectural fut détruit deux fois par les envahisseurs européens avant d’être rebâti en 1902. le Palais d’été se fond à merveille dans le paysage avoisinant. Les nombreux temples, statues et ponts épousent parfaitement les courbes de la nature qui les entoure. Les clapotis de l’eau et les milliers d’oiseaux roucoulant dans les arbres invitent à la détente. Niché sur une colline, le pavillon des Fragrances bouddhiques, élégant et riche en ornementations raffinées, surplombe du haut de ses quarante mètres l’ensemble de ce remarquable domaine hérité de la Chine féodale.

On ne peut quitter Beijing sans une escapade vers la Grande Muraille de Chine, symbole de la volonté des Fils du Ciel à se protéger contre leurs envahisseurs. La section simatai se trouve à 120 km de Beijing, ce qui permet de faire l’aller-retour dans la même journée. La majorité des hôtels offrent la possibilité de réserver pour un tour en autobus ou avec un chauffeur individuel. Même si l’endroit est très touristique, on ne peut être que très ému une fois arrivé au sommet des remparts. Du haut des fortifications s’étend à l’infini ce pays d’asie orientale dont la civilisation millénaire a laissé des empreintes de géants.

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