Harassmap: la carte contre le harcèlement

par | Avr 26, 2015 | societe

Harassmap: la carte contre le harcèlement

Un outil qui aide les femmes égyptiennes a lutter contre le harcèlement sexuel.

Texte:  Tatiana Philiptchenko
Ce reportage est paru dans le magazine Chatelaine en 2012.

 

Vous êtes-vous déjà promenée au Caire ? Toute une expérience ! Il suffit qu’une femme mette le pied dans la rue ou prenne le bus pour qu’elle soit assiégée par une nuée d’hommes à la main baladeuse et à l’œil égrillard. Ici, le harcèlement sexuel fait loi.

Rebecca Chiao et Engy Ghozlan en ont eu assez. Les deux jeunes femmes, militantes dans diverses ONG vouées aux causes féministes, ont lancé, en décembre 2010, le site Web Harassmap. Les victimes de harcèlement peuvent y signaler leurs ennuis, par un SMS ou sur Twitter. « C’était logique d’utiliser cette technologie : plus de 80 % des Égyptiens ont un téléphone cellulaire », souligne Rebecca Chiao. Les messages – anonymes – s’affichent sur le site et une carte géographique interactive localise les incidents. Enfin la possibilité de s’exprimer en toute confiance pour ces nombreuses femmes habituées à souffrir en silence des attouchements inappropriés ! Pas moins de 83 % des Égyptiennes ont déjà subi du harcèlement, qu’elles soient voilées ou vêtues à l’occidentale, jeunes ou âgées. Et on passe à 98 % pour les étrangères vivant au Caire !

Pas rigolo, le quotidien de Samar, une étudiante égyptienne. « Il y a 20 km de chez moi à l’université. J’utilise deux ou trois moyens de transport pour m’y rendre et je me fais harceler en moyenne de cinq à sept fois par jour », écrit-elle sur son blogue (betweenbracts.blogspot.com). « Je ne sais plus si c’est mon droit de marcher dans la rue », avance une autre victime.

Est-ce parce que les femmes sont exclues de la sphère publique ? Parce que, au pays des pyramides, les relations sexuelles hors mariage sont fermement condamnées ? Parce que le chômage – 12,2 % en 2011 – et le manque de logements abordables briment les ardeurs des jeunes hommes qui voudraient se marier ? L’étude du Centre égyptien des droits de la femme, d’où sont tirés ces chiffres, révèle aussi que 62 % des Égyptiens admettent avoir déjà harcelé des femmes, 53 % d’entre eux les accusant même de provoquer ce comportement. Le simple fait d’être une femme s’avère de la provocation, quoi ! Toujours est-il qu’un nombre sans cesse grandissant d’Égyptiens frustrés harcèlent leurs compatriotes féminines dans les lieux publics.

Hommes et femmes unis

Harassmap ne fait pas que rapporter les agressions et les localiser. Cette plateforme d’expression pour les femmes leur offre un service d’orientation et d’aide. De plus, quelque 500 bénévoles mettent tout leur cœur à essayer de changer les mentalités. La moitié sont des hommes. « Les gens risquent de se montrer plus réceptifs à un discours masculin, soutient Aser Emad, un étudiant bénévole du quartier de Maadi. Dans notre société, des filles seules peuvent difficilement évoquer ces horreurs devant des étrangers. Alors, on doit leur prêter main-forte ! »

Son équipe est composée de six autres gars et d’une fille, tous des étudiants dans la vingtaine. « Quand j’ai pu convaincre ne serait-ce qu’une seule personne, je considère que ma démarche est un succès ! s’exclame le chef du groupe, Moataz Ghaleb. Nous devons nous battre tous ensemble contre ce fléau. » Aser Emad acquiesce. « Je dois régulièrement accompagner mes trois sœurs pour leur éviter des ennuis. Je participe à la campagne de sensibilisation pour changer la culture, pour bâtir un monde meilleur pour elles… et pour nous tous », lance-t-il, avant de rejoindre le reste du groupe, qui distribue de la documentation dans le quartier.

Bien sûr, cette application ne remplace pas les forces policières, mais c’est tellement mieux que le silence !

 

Site Web : harassmap.org
Sur twitter : @harassmap
Sur Facebook : facebook.com/ HarassMapEgypt