Bienvenue en Andalousie

par | Avr 26, 2015 | voyages

Bienvenue en Andalousie, fleuron de l’héritage mauresque et joyau d’une Espagne authentique parsemée de paysages envoûtants et de villes historiques.

Text et photos: Tatiana Philiptchenko

«J’aime ce coin d’espagne, le climat y est doux, on y mange pour pas cher et la région déborde de sites magnifiques » me confie Edward, un anglais rencontré lors de ma première matinée passée à boire des cafés dans un troquet de Malaga. Cet expatrié aux racines british fait aujourd’hui partie des sept millions d’habitants qui peuplent l’andalousie, une région de 87,268 km2 bordée par l’océan Atlantique et la mer Méditerranée. Assis derrière le comptoir de l’établissement, nous discutons à bâtons rompus. Dans la petite salle sombre défilent les habitués, des ouvriers du coin. Ils commandent des cafés arrosés d’alcool. « Drôle de façon de commencer une journée, » me dis-je en avalant à mon tour ma dose de caféine. Le propriétaire m’apporte une assiette de petits pains fourrés au jambon et au fromage. Je les ingurgite avec gourmandise. Ils sont divins, la combinaison de jambon cru de montagne (serrano) et fromage chaud fond sous ma langue. « En Andalousie, ils ont le meilleur jambon au monde, c’est vraiment une spécialité de la région, les producteurs le laissent sécher à l’air libre » confirme Edward.

Dehors le temps est doux. Je suis le flot de touristes qui parcourt les rues animées. Ville dynamique bordant la Méditerranée et lieu de naissance de Pablo Picasso, Malaga s’est dotée en 1993 d’un musée regroupant une collection de 204 œuvres du grand maître cubiste. Avant de filer vers la côte, je fais donc un saut dans le palais du comte de Buenavista qui a l’honneur d’abriter les toiles de Picasso. Ce magnifique bâtiment de la Renaissance a été construit sur des vestiges archéologiques romains qu’on peut visiter en descendant dans le sous sol. les visiteurs disposant d’un peu plus de temps libre à Malaga peuvent en profiter pour faire un crochet à Alcazba, une forteresse militaire musulmane qui domine la ville.

Direction la côte, puis les villages montagneux

Me voici en route vers Tarifa, ma prochaine étape et la ville qui est le plus au sud de l’Espagne. C’est d’ici que des milliers d’Européens et de Marocains empruntent le traversier pour aller jusqu’à Tanger, qui se trouve à 13 Km seulement, de l’autre côté du détroit de Gibraltar. Le vent qui souffle en permanence à Tarifa en fait le rendez-vous par excellence des jeunes amoureux de la planche à voile et du kitesurfing. Quand j’arrive en début d’après-midi, la ville de 17,000 habitants semble plongée dans un sommeil profond. Je traîne ma valise sur le sol pavé de dalles de la Paséo de la Alameda jusqu’à mon petit hôtel portant le même nom. Tout près se trouve le port de Tarifa d’où partent les traversiers en direction du Maroc.

Quelques dizaines de minutes plus tard, ma caméra au poing, je pénètre dans l’enceinte de la vielle ville par la porte de Jerez. Me voilà déambulant dans les dédales de ces petites rues si caractéristiques à l’Espagne andalouse. Les maisons sont peintes à la chaux blanche, une pratique de désinfection qui remonte au Moyen Âge mais qui maintenant sert plutôt à isoler les habitations des fortes chaleurs estivales. Le soir arrive rapidement. Des groupes de gens apparus de nulle part semblent prêts à attaquer les restaurants disséminés un peu partout dans la vieille ville. Je croise de nombreux jeunes qui me font l’effet d’une version européenne des surfers rencontrés lors de mes voyages aux Etats-Unis. Soufiane Hamaini fait partie de la faune sportive et multiculturelle qui a élu domicile à Tarifa. Ce jeune Marocain de vingt-cinq ans, champion de kitesurfing, y dirige une école qui porte son nom. « A Tarifa, l’ambiance est très sympa. La ville est pleine d’amoureux des sports nautiques. Il y a un mélange intéressant de cultures espagnole et marocaine. Le soir, tout le monde se réunit pour manger des tapas et boire un verre » me raconte ce sportif qui a commencé à pratiquer le kitesurf à l’âge de quinze ans. « Ce sport gagne en popularité d’année en année, il est facile à pratiquer et demeure abordable » ajoute-il.

Le lendemain matin je quitte le littoral pour me diriger vers Medina Sidonia, un village niché sur le haut d’une colline. Je m’engage dans les ruelles à sens unique étroites et tortueuses. l’expérience s’avère stressante et je finis par abandonner mon auto au bas d’une pente. Je monte donc à pied jusqu’à la belle église Santa Maria la Coronada. Devant moi se profile une vue magnifique de toits de tuiles rouges, de vallées et de vallons. Medina Sidonia fait partie du circuit des villages blancs d’espagne, une route de paysages pittoresques parsemés de villages où l’on découvre des habitations aux murs éclatants de blancheur.

La route continue dans un paysage d’oliveraies et de terres arides. Au détour d’un tournant se profile ma prochaine étape : arcos de la Frontera, ancien royaume berbère indépendant. la ville de 27,000 habitants se dresse en hauteur sur un rocher de 200 mètres bordé d’un précipice. Je me pose dans le petit hôtel Los Olivos, qui jouit d’un emplacement central. Le bâtiment est agrémenté d’un patio intérieur et offre un poste Internet gratuit. La partie médiévale de la ville se trouve à quelques centaines de mètres de là. Je profite de mon après-midi pour traîner dans ces lieux remplis d’histoires. après une visite de la très belle Basilica Parroquia de Santa Maria, je fais un tour à la Plaza del Cabildo, qui se termine sur un belvédère offrant une vue épousouflante sur les champs et les collines de la région. les derniers rayons de soleil caressent les monuments avoisinants au passé grandiose. Je savoure cet instant unique.

À la rencontre de Séville et Grenade, fières héritières
d’une civilisation célébrant l’art,
la littérature et l’architecture

« Séville, c’est mon seul choix en Espagne. C’est une ville parfaite grâce à son climat et du fait de sa proximité du reste de l’Europe. Séville appartient au peuple, c’est une cité humaine sans grosses bâtisses au centre-ville. Les habitants de Séville sont très sociables et joyeux. Notre ville offre un choix unique de divertissements : les spectacles de flamenco, les corridas, les différentes fiestas et les bars à tapas ouverts tard la nuit » me raconte carlos cardenas, un agent immobilier totalement amoureux de la capitale andalouse.

Je suis moi aussi rapidement envoûtée par Séville, ses façades de maisons blanches décorées d’embrasures ocre et jaune, ses fenêtres protégées par des grilles de fer ouvragé. Au fil de mes ballades, je découvre les charmes de l’ancien quartier juif Barrio Santa Cruz. l’ensemble est parsemé de petites places publiques décorées de palmiers et d’orangers.

L’histoire est partout autour de moi. les envahisseurs phéniciens, grecs, romains, vandales, suèves, wisigoths, francs et musulmans ont tous laissé des marques ciselées aujourd’hui dans le riche passé des monuments de la ville.

Je fais la file en compagnie de touristes japonais et allemands pour entrer dans les luxuriants jardins d’Alcazar, un superbe ensemble palatial qui est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. À l’intérieur, je découvre les patios de la Monteria, de las Doncellas et de las Munecas. De magnifiques collections de tableaux, de statues et même d’éventails parsèment ces lieux aux murs ouvragés et aux voûtes supportées par de nombreuses colonnes. Plusieurs souverains espagnols vécurent au cœur de ces enceintes. La famille royale actuelle y a d’ailleurs toujours un appartement.

La célèbre cathédrale de Séville se trouve à quelques pas de là. Je tombe béate d’admiration devant le minaret historique de Giralda, une tour délicatement ciselée, témoin du règne des almohades musulmans sur cette partie de l’Espagne. Ma dernière visite sera à la Plaza España, qui a accueilli le tournage de l’épisode L’Attaque des clones du film Star Wars. Ce palais en brique et en marbre a été bâti pour l’exposition ibéro-américaine de 1929. Il est aujourd’hui un symbole incontournable de la ville. L’architecture de l’endroit reflète un ensemble d’influences mauresques, gothiques et de style Renaissance. Mais ce sont les céramiques peintes de bleu qui donnent à la Plaza España ce cachet inoubliable d’une andalousie aux racines méditerranéennes.

Ma soif de découvertes me mène maintenant à Grenade. La ville se dévoile sur fond de montagnes de la Sierra Nevada. Ici, on palpe dans l’air les origines arabes de la cité qui compte aujourd’hui 288,000 habitants. la circulation y est dense, les rues sont majoritairement à sens unique. Je relègue rapidement mon auto dans un stationnement public. Je compte pleinement profiter des attraits de cet endroit longtemps convoité par mon imaginaire.

Au sommet de la colline de la Sabika se profile l’Alhambra, dernier refuge des Maures d’Espagne et seul palais arabe du Moyen Âge encore intact. Deux mille deux cent mètres de remparts entourent cette forteresse au sein de laquelle se trouvent les joyaux architecturaux de l’époque nasride. Jardins ouvragés, palais grandioses, bains historiques et citadelles imposantes font de cet ensemble majestueux un des endroits les plus visités au monde.

Pour comprendre pleinement les racines arabes de la ville , il faut visiter le quartier d’Albaicin qui se dresse sur la colline faisant face à l’Alhambra. De nombreuses familles nord-africaines venues chercher une vie meilleure y ont d’ailleurs élu domicile. Je m’arrête dans un troquet pour acheter des sucreries dégoulinantes de miel. J’ai momentanément l’impression de me retrouver au sein d’une médina du Maroc, l’Europe semble très loin… Mes pas me mènent jusqu’au mirador de San Nicolas. Des hippies y vendent des colifichets étalés sur le sol, des amoureux s’embrassent passionnément. Plus loin de grandes familles sont attablées dans deux restaurants plein à craquer. Les enfants crient, le brouhaha est total. Ça sent la viande grillée, l’ail et le citron. Au bas de la côte, un homme offre aux touristes de calligraphier leurs noms en arabe classique. Les gens le regardent tracer ces arabesques délicates, témoins d’une époque où la culture mauresque rayonnait à Grenade.

Nerja, ville balnéaire,
dernière étape de ma tournée

À première vue, Nerja apparaît comme une ville très touristique, sans grand charme. Dans ses ruelles se baladent des hordes de touristes britanniques. Pourtant je m’y plais. Il y règne une ambiance sympathique de camp de vacances particulière à la Costa Del Sol. Sur le flanc d’une falaise se trouve le Balcon de Europa, qui s’ouvre sur la Méditerranée scintillant tout autour. Partout déambulent des vacanciers de bonne humeur. Les plages qui bordent la ville invitent au farniente. Je passe mon après-midi à lire et rêvasser dans une petite crique pratiquement déserte. Le propriétaire du sympathique Hostal Miguel où je loge m’affirme que Nerja est un petit bijou, où il fait bon de vivre à longueur d’année. Les chaussures remplies encore de sable tiède, je me laisse convaincre sans trop de difficultés. Car à la veille de mon départ, je me sens bel et bien ensorcelée par le charme de cette douce andalousie effleurée trop rapidement.

« Ce n’est qu’un au revoir » me vois-je déclarer solennellement au reflet bronzé que me renvoie le miroir.