Kátia Ferreira change le visage de la mode au Brésil

En créant des vêtements à partir de broderies réalisées par des femmes dans le besoin, elle aide à combattre les inégalités sociales.

Texte par Tatiana Philiptchenko et Brigitte Mentges
Photos : Tatiana Philiptchenko

 

Ce reportage est paru dans le magazine Chatelaine. Lien ci-dessous
http://fr.chatelaine.com/societe/reportages/katia-ferreira-change-le-visage-de-la-mode-au-bresil/

Enfant, Kátia Ferreira préférait coudre des robes pour ses poupées plutôt que de jouer avec elles. Un talent inné qui a propulsé cette designer brésilienne parmi les grands noms de la mode. Aujourd’hui, Apoena, sa griffe, s’affiche autant sur les podiums des défilés de Paris que sur ceux de Rio de Janeiro.

Mais son succès est aussi la preuve que l’engagement social peut porter fruit. La créatrice de 43 ans a commencé en 2003 à travailler dans les bureaux d’aide sociale d’une des favelas qui entourent Brasilia, capitale riche et moderne du pays. C’est là qu’elle remarque que ­certaines femmes vendent des napperons et des serviettes de bain joliment brodés. Au Brésil, de nombreuses mères de famille arrondissent ainsi leurs fins de mois. Kátia décide donc d’utiliser les doigts de fée des femmes qu’elle côtoie et crée une ligne de vêtements haut de gamme, afin, espère-t-elle, de les aider à sortir de la précarité. Elle demande aux femmes de broder des étoffes sur lesquelles elle a dessiné des motifs à la main et y taille ensuite des tenues toutes féminines. C’est le début de la marque Apoena, qui signifie « Celle qui voit loin ».

« Cette idée est vraiment née d’une nécessité », raconte-t-elle. Mais, au Brésil, réussir en affaires n’est pas une mince tâche. Les entrepreneurs en herbe doivent faire face à une bureaucratie compliquée, à des taxes élevées et à des lignes de crédit à taux désavantageux. Des obstacles qui n’empêcheront pas Kátia Ferreira de persévérer. En 2008, lors de son premier défilé de mode à Rio de Janeiro, ses créations retiennent l’attention de célébrités, de même que d’acheteurs locaux et internationaux. Depuis, les défilés se sont multipliés et plusieurs vedettes des feuilletons télévisés brésiliens se sont mises à porter ses vêtements.

L’entreprise se fait aussi remarquer par des organismes comme l’Unesco et l’Inter-American Foundation – agence gouvernementale étasunienne indépendante –, qui lui octroient des fonds pour soutenir le volet social de ses activités. Aujourd’hui, une soixantaine de femmes contribuent à Apoena. « L’association est un espace qui leur appartient, dit Kátia. C’est leur refuge et leur petit paradis. » Les membres peuvent d’ailleurs utiliser les quelques machines à coudre disponibles pour leurs propres besoins. « Elles confectionnent des vêtements et des articles pour leur usage personnel ou pour les vendre. Elles viennent aussi ici pour sortir de l’isolement et rencontrer leurs amies. » L’entreprise offre même des classes de ballet aux petites filles des femmes de l’association ainsi qu’un service d’aide aux devoirs.

Au bout d’une décennie de dur labeur, deux des rêves de Kátia sont à la veille de se réaliser : l’ouverture d’un premier magasin, qui aura pignon sur rue dans la capitale, et le lancement d’une boutique en ligne, Les vêtements de la Bonté. Le tout alors que le Brésil se prépare à accueillir des milliers de touristes de partout pour la Coupe du monde de soccer. Une occasion unique de se faire connaître.

Et après ? Kátia Ferreira souhaite ouvrir des magasins dans toutes les grandes villes du Brésil pour offrir encore plus de possibilités à ses compatriotes dans le besoin. L’entrepreneure veut transformer le monde de la mode pour en faire un univers inclusif et socialement responsable. « Investir dans les femmes, c’est la meilleure façon de combattre les inégalités sociales, dit-elle. Parce que, quand l’une d’elles gagne de l’argent, on peut être certain qu’elle l’investit dans ses enfants et sa famille. »

 

Le Brésil en quelques chiffres

203 millions d’habitants

11 630 $ – revenu annuel par habitant

44 % des Brésiliennes sont sur le marché du travail

60 % des entreprises comptent une femme parmi les propriétaires

51 % des Brésiliennes ont un compte bancaire

1/3 des familles ont à leur tête une femme seule

120 jours – durée officielle du congé de maternité

4 sur 10 – Brésiliens qui ont moins de 25 ans

Sources : CIA, ONU, Banque mondiale